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Impressions de Gilles
Un mois au Niger avec Niger-Breizh
jeudi 5 mars 2009, par Oumarou Kollo

TRENTE JOURS AU

NIGER

(humanitaire et insertion)

Gilles Guéguen Niger-Breizh

Association finistérienne à but humanitaire, créée à Morlaix en mars 2001 sous l’impulsion de son président, Oumarou Kollo, d’origine nigérienne, et de la commission locale d’insertion (C.L.I.).

Après trois mois de travail intensif, de septembre à novembre 2001, neuf bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (R.M.I.) réalisent le projet d’offrir deux camions, révisés par leurs soins et remplis de matériel médical, pédagogique et autres, aux Nigériens de la région de Diffa. Ils sont accompagnés de Oumarou Kollo et de Michel Gauchard, salarié de la C.L.I..

Les camions sont convoyés par cargo jusqu’au port de Cotonou au Bénin. L’équipe prendra l’avion jusqu’à Niamey, puis récupérera les camions pour enfin les acheminer dans la région de Diffa, située à l’extrême est du Niger, soit un trajet de 2750 km.

Paroles initiatiques soufies Faouzi Skali

Écoute, ô ami, au fond de toi le chant par lequel elle t’appelle. Ne crains pas d’affronter, sur le vaisseau de ton âme, le grondement des vagues. Ne crains pas de t’enfoncer dans cette nuit sans faille où l’obscurité du ciel s’unit à celle de la mer. Laisse-toi emporter par cette mélodie divine, plus pure et plus subtile que le plus parfait silence. Laisse dans ce voyage vers l’inconnu l’amour être ton seul guide. Abandonne la pesanteur de la prudence et de la raison et ne réponds qu’à sa seule voix. C’est dans l’espace aboli, dans le fin fond de l’abîme, que tu verras poindre cette perle comme un rayon de lune. Tes espoirs ne seront pas déçus. Tes yeux plongés vers l’arrière seront plongés dans la frayeur et, vers l’avant, dans une douceur infinie. Ton âme sera alors ennivrée de l’exaltation des héros et sera prête à traverser sept mers semblables pour un simple reflet de cette lumière.

dimanche 25 novembre 2001

21 heures : Café de l’Atlantique à Morlaix

L’excitation grimpe au fur et à mesure de l’arrivée des différents membres de notre groupe dont la constitution nous semble à tous si récente (4 mois d’existence et de préparation au voyage).

22 heures : bisous par ci, au revoir par là, snifff-sniff et, hop ! la photo de classe devant les deux fourgons qui nous transporteront jusqu’à la capitale.

minuit : à bord de l’un des fourgons, il règne une ambiance potache légèrement destroy, café-calva aidant... Éclats de rire et blagues sallaces traduisant la joie du départ, tout comme une légère appréhension de l’inconnu...

Stéphane, notre chauffeur, reste sobre et concentré. Jean-Yves disserte sur le fait que les erre-aimistes possèdent l’atout suprême : la gestion du temps. Claire renchérit sur la vision d’un car de R-mistes partant en colonie de vacances...

lundi 26 novembre

5 heures 30 : Corentin au volant s’adapte comme un chef à la conduite parisienne ; "je déboîte et redéboîte aussi sec", jusqu’au point de distancer l’autre fourgon. Question : "Qui connaît la porte d’embarquement de l’aéroport ? "
- "Paulette, bien sûr !".

Bon, mais Paulette se trouve dans l’autre véhicule et nous n’avons pas de téléphone cellulaire. Pas de réel problème, bien sûr, mais essayons de rester groupés, juste histoire de donner le ton en début de voyage !

7 heures : Roissy-Charles-de-Gaulle

Ouf ! nous y voici ! petite fatigue tombant sur le groupe, les bagages sont déchargés, café pour tout le monde. Nos convoyeurs, Erwann et Stéphane, sont prêts pour repartir à vide en Bretagne ! Merci beaucoup, les gars, pour le coup de main. Kenavo, ac’hentan ! Claire et Olivier testent les douches de Roissy. Une bande de somnambules errent dans les couloirs de l’aéroport, se traînent jusqu’à l’enregistrement des bagages, rampent ensuite jusqu’à l’embarquement.

12 heures 30 : au moment de monter dans l’avion, nous commençons à y croire vraiment. Ca va décoller. Ca décolle ! Yaou ! L’équipage d’Air-Algérie nous bichonne : petit repas reconstituant, distribution de quotidiens algériens. "Hey ! regarde par le hublot... la mer !"

15 heures 30 : Alger. Nous patientons dans la salle de transit de l’aéroport Boumédiennne. Rencontre avec un Gambien étudiant en droit au Caire. Claire branche Abdel-Aziz, photographe en France. Ce Djerma-Songaï nous parle du Niger, questionné de près par notre public-relation de choc. Puis c’est au tour de Sidi-Ahmed, Touareg d’Agadez, de se faire interviewer. Kadi est, quant à elle, impliquée dans un groupement de femmes de Niamey...

19 heures 30 : le transit semble bientôt fini. Nous sommes bloqués assez longtemps à la sortie du bus avant la fouille au corps. Puis la reconnaissance des bagages de soute se fait de manière assez désorganisée. Il fait lourd quand nous montons dans l’avion.

22 heures 30 : Aéroport de Niamey

Bon, enfin dans la place ! Nous sommes très rapidement pris en charge par le comité de Diffa : Garba, Arimy, Guirguidi, Hari, Nolwenn et Mohamed de l’association Tilalt-Niger. Souley, qui travaille à l’aéroport, va nous faciliter les formalités d’arrivée. Il y a aussi le député de Diffa à la fière allure. Un caméraman saisit le moment : Haladou nous suivra pendant l’essentiel du voyage. Les R-mistes, en manque de sommeil, sont rapidement orientés vers des véhicules dans lesquels ils se répartiront avec leurs bagages. La nuit africaine les saisit alors qu’ils roulent vers Niamey. Un petit aperçu du centre ville avec son animation nocturne et le groupe arrive finalement dans le quartier de Yantala. Nous allons nous installer dans une grande villa, appartenant à l’État nigérien, que le comité d’accueil a loué pour nous recevoir. Grande cour, patio central, climatisation, plusieurs salles de bains, mar plij ! Nous faisons connaissance avec les gardiens des lieux, Mamadou et Mohamed. Après la répartition dans les chambres, nous prenons un rafraîchissement et refaisons calmement les présentations. A l’énoncé du pédigrée de leurs hôtes, les R-mistes se sentent tout petits dans leurs baskets un court instant : directeur technique à l’Agence nigérienne de presse, un autre technicien de maintenance à la même agence, ingénieur à la société de patrimoine des eaux du Niger, employé de banque...

Bon, nous, on est R-mistes ! Éclat de rire général. Allez, c’est parti ! L’esprit de notre président plane au-dessus de cette rencontre et, pourtant, nous ne reverrons Oumarou que dans une semaine. Nos hôtes nous quittent en nous donnant rendez-vous pour le matin du lendemain. Une bonne douche et tout le monde au lit pour un dodo intense !

mardi 27 novembre

5 heures 30 : Allah Ouakbar ! Allah Ouakbar ! Hein ? Ah ouais, c’est vrai, nous sommes en plein ramadan, les muezzins ont du boulot. Bon, on repique un petit somme. Lever, petit déjeuner et voici l’arrivée de Garba, Arimy, Guirguidi pour le conseil des sages. Nous décidons de nous rendre à la Bank of Africa où travaille Hari, pour effectuer un premier change.

Nous traversons les avenues principales de Niamey en cotoyant nombre d’échopes, de vendeurs ambulants, de marchés divers. Chaque feu rouge est utilisé par des gamins des rues pour tenter de faire la manche auprès des automobilistes. Le change est bienôt effectué, nous retournons à la villa.

Arrivée de notre couple "touareg-brezhoneg", Nolwenn et Mohamed. Ils viennent nous chercher afin de visiter leur quartier "Case-case" ou "Case allemande". Effectivement, dans ce quartier de Niamey, il existe un campement de paillotes et de cases, occupé en majorité par une population d’origine touareg (Mali, Burkina, Niger). Toits de chaume, enclos à chèvres, quelques chameaux qui déambulent ; nous sommes accueillis par de larges sourires et les gamins nous chinent d’entrée de jeu : "cadeau, cadeau"... Le tas d’ordures est une constante dans la vie de Niamey mais, ici, il est particulièrement impressionnant et fera d’ailleurs l’objet de négociations entre l’association Tilalt-Niger et la municipalité au sujet de son enlèvement.

Nous buvons le thé chez Nolwenn et Mohamed, leur fils Kenan, leur nièce Lala, leur employée de maison, Marie, plus de nombreux visiteurs au cours de l’après-midi. Nos hôtes nous expliquent le fonctionnement de Tilalt-Niger : parrainages de familles en vue de l’achat de sacs de grains pour les plus démunis, constitution d’un stock de médicaments venant de France, sensibilisation à l’hygiène : toilette des enfants, enlèvement des ordures ménagères vectrices de microbes, distribution de vêtements, de couvertures, etc.

Marie, Togolaise chrétienne adepte de l’église de Pentecôte, nous rejoint à la villa pour nous préparer un gari (plat à base de manioc) pendant qu’Abdoulaye et Awami à la guitare, avec Mariama et Mohamed, nous interprètent quelques chants touaregs. On se couchera tard.

mercredi 28 novembre

Allez, debout ! Ina Kwana ? Lahiya lau ! Bien dormi, petit déjeuner sur la terrasse.

Mohamed et Abdoulaye viennent nous chercher pour aller chez le tailleur. Objectif : prendre nos mesures et choisir les tissus pour la confection de chemises et de pantalons légers ainsi que des chèches.

Une horde de vendeurs nous alpaguent et nous proposent force bijoux... Claire sera la plus gourmande, elle se transforme en princesse à bijoux en un temps record, ce qui lui permet de gaspiller quelque peu son pécule... Nous voici bientôt "enchéchés", debout à l’arrière du 4x4. Nous allons prendre le thé chez Mohamed. Puis nous décidons d’aller nous restaurer chez Tito, un maquis de première selon nos hôtes, pour nous enfiler quelques merguez-riz. Claire prend Saada, enfant de la rue, sous sa protection puis, bientôt, un autre petit garçon et une petite fille viennent partager le repas avec nous.

Retour pour un autre thé à la menthe chez Ahmed, Touareg vivant avec sa nombreuse famille à "Case-case". Même accueil, même gentillesse sous la hutte... En soirée, nous sommes invités à manger, par petits groupes, chez les membres du comité de Diffa. Fred, Jean-Yves et moi nous retrouvons chez Garba, sa femme Fifi et leur fils Abdoulaye : le repas est délicieux, l’accueil est d’une simplicité chaleureuse. Garba nous quitte à deux reprises pour deux prières rapides à la mosquée du quartier, ramadan oblige. Le quartier de nos hôtes semble être bien vivant, on y sent une réelle solidarité entre les gens ; beaucoup de passants interpellent sur le pas de la porte, quelques-uns entrent, apportent quelques denrées. La soirée se termine par le mâchage de canne à sucre, exercice délicat pour les gencives.

De retour à la villa, nous trouvons Claire et Sidi’Ahmed devisant tranquillement sur la terrasse, dans la paix et le romantisme. Il y a de l’amour ce soir tout autour et tout dedans, mais je m’égare !...

jeudi 29 novembre

1 heure : chiens hurleurs dehors ! Nous sommes de baptême demain à l’aube. Je me retrouve dans ma chambre à écrire ces lignes résumant très mal la multiplicité des impressions et sentiments ressentis.

6 heures : branle-bas de combat ! Aujourd’hui est un grand jour : non seulement parce que nous sommes invités à ce baptême traditionnel mais aussi en raison du prochain départ vers le Bénin du groupe de Cotonou. Ils sont chargés d’aller y récupérer nos deux camions déjà arrivés par cargo. Olivier et Corentin en seront les chauffeurs, Laurent le mécano-photographe, "Magaram" Paulette est, quant à elle, au courant des tractations et formalités diverses à accomplir. Arimy et Guirguidi seront leurs guides bien avisés.

Mais revenons au baptême. Une toile de tente est dressée en pleine rue, devant la maison des parents d’Aïssa. Des sièges y ont été déposés pour accueillir nombre de personnalités importantes : un ministre, des secrétaires d’État, un député, etc. Nous apprenons que tous sont issus de la région de Diffa, notre destination prochaine... Au centre de la tente, six ou sept marabouts sont assis en cercle sur une natte et scandent des invocations...

Par la porte entrouverte, nous entendons les griottes faire de même avec la population féminine cantonnée à l’intérieur tandis que les hommes restent dehors. Les griottes n’hésitent pas à demander rémunération pour leurs bons services. Le groupe des nassara (blancs) est invité à saluer la maman et la petite baptisée ; nous leur laissons un cadeau.

12 heures : nous sommes de retour à Yantala pour assister au départ du groupe Cotonou. Un taxi (504 pijo) est réservé pour les acheminer jusqu’à la frontière du Bénin (Malanville). Ensuite, ils prendront le bus jusqu’à Cotonou. Nous leur souhaitons un bon voyage en espérant que les formalités de sortie des camions ne durent pas trop longtemps.

13 heures : le groupe Niamey se retrouve pour le repas au maquis chez Tito. Une dispute éclate entre Claire et Éric. Allons, restons cools, les enfants ! Il est évident que les membres de notre groupe ne se connaissent pas encore très bien et, d’autre part, les coeurs sont assez chamboulés depuis notre arrivée, n’est-ce pas ?

Cet après-midi, nous avons droit à un cours d’histoire contemporaine du Niger avec une analyse du contexte économico-politique. Monsieur Marte (ex sous-préfet de Diffa ?) nous fait un exposé très intéressant et répond à nos questions.

Ce soir, Marie va nous préparer un tiga-digé, plat en sauce aux arachides. Ensuite nous écouterons Ataher, le Touareg, ex-officier de l’armée, nous parler du désert entre Algérie et Lybie, Niger et Mali... Celui-ci s’avère très disposé à notre égard et sera souvent notre guide et chauffeur pour découvrir Niamey et ses environs.

vendredi 30 novembre

Ataher et Abdoulaye viennent nous chercher au matin. Nous nous serrons dans un 4x4, à l’aspect quasi-neuf, qui appartient au patron d’Ataher. Celui-ci, Christophe, un Français, dirige une société spécialisée en équipements fonctionnant à l’énergie solaire. Nous passons le visiter au siège de la "Solaire industrie compagnie" où il nous montre divers modèles de panneaux et installations. Bien sûr, il y aurait avantage à utiliser l’énergie solaire pour l’éclairage ou l’alimentation des pompes électriques dans les puits, etc. Le pays achète la totalité de son électricité au Nigéria. Christophe nous montre deux panneaux et une petite pompe électrique, le modèle le moins cher, qui coûtent cependant 2,5 millions CFA (25 000 F d’avant l’euro)… Une bagatelle pour ici !

Nous franchissons le grand pont pour nous retrouver de l’autre côté du fleuve Niger. En contrebas, nous apercevons de longues pirogues servant au transport des marchandises. Le courant semble moyennement fort et les moteurs hors-bord assez rares. Abdoulaye insiste pour nous mener chez sa tante habitant de ce côté du fleuve. Elle nous reçoit fort bien ; elle vit avec ses filles dans une maison d’argile (banko) avec une cour extérieure délimitée par un muret.

Plus tard, nous longeons la berge en remarquant de nombreuses cultures dans les jardins irrigués. Nous faisons halte au "Diamangou", une péniche bar-restaurant. La rive est ombragée par de nombreux arbres. Nous allons nous prélasser un bon moment sur le pont de la péniche en suivant d’un oeil quasi-somnolent le va et vient des pirogues sur le fleuve. Farniente...

Repas : pâtes en sauce et poulet façon Marie ; il n’en restera pas une miette. Demain matin, Ataher passera nous prendre pour nous emmener sur la route de Dosso où nous observerons peut-être des girafes !

samedi 1er décembre

Nous attendrons pour les girafes ! Pas de 4x4 pour Ataher ; son patron en avait besoin ce matin, opération remise au lendemain. Nous partons donc flâner en passant par le quartier du Plateau où nous observons des artisans bijoutiers travailler l’argent avec habileté. En nous dirigeant vers le musée, nous longeons le mur d’un parc surmonté de nombreux arbres où nichent des centaines de chauves-souris.

Une part importante de l’activité de la rue à Niamey semble réservée au transport et au commerce du bois ; que ce soit à dos d’homme ou dans des brouettes, des charrettes tirées par un âne, etc. L’utilisation en est principalement pour la cuisine et pour la fonderie artisanale. A cause de la désertification, l’habitant doit faire de nombreux kilomètres pour en trouver, les bouteilles de gaz étant sûrement trop onéreuses pour la plupart.

Quelques chameaux (nom local des dromadaires) déambulent, transportant nattes et ballots divers. Claire et moi sommes invités chez Garba et Fifi. Au cours de la soirée, des enfants au visage peinturluré de blanc viendront danser et chanter sur le pas de la porte. Fête de Tabaski ? Halloween ? Au cours de ce bon repas, nous aurons des nouvelles de l’équipe de Cotonou : les camions sont vraiment arrivés, leur cargaison est intacte. Les formalités de sortie seront sans doute effectuées lundi. Nuit agitée où quelques insomniaques se retrouvent pour un brin de causette dans le salon vers 4 heures du matin.

dimanche 2 décembre

Opération girafe n°2. Le véhicule prévu par Ataher, appartenant à l’un de ses amis, a des problèmes de freins. Que faire ? Mohamed nous rejoint plus tard. Il veut bien nous amener sur la route de Dosso mais ce contretemps risque de nous faire arriver trop tard. D’habitude, on observe les girafes plutôt en fin de matinée quand elles viennent s’abreuver au fleuve. Et si nous allions à la Pilule ? propose Mohamed. OK. La Pilule : affluent asséché du fleuve Niger aux gorges argileuses de quatre à cinq mètres de hauteur avec, en contrebas, un très large lit de sable blanc. Au centre de ce mini désert coule un très mince ruisseau ; nous sommes, il faut le dire, à la saison sèche.

De temps en temps, le paysage se rétrécit. Il faut alors descendre du 4x4 pour qu’il puisse mieux passer quelques endroits rocheux. Nous nous posons bientôt à l’ombre d’un grand arbre (tamarinier ?) Il règne ici un silence très impressionnant. Abdoulaye prépare le thé à la menthe sur son "furno" (brasero). Au loin, nous apercevons un homme chevauchant auprès de trois ânes bien chargés. Il faut bientôt remettre nos chèches. Cette sortie nous donne un avant-goût de l’expédition future : on va bouffer du sable.

Ce soir notre cuisinière nous a préparé un délicieux ragoût de patates douces. Cette fois-ci, il en reste au fond de la gamelle. Il sera donc réchauffé et resservi pour certains le lendemain. Y aurait-il donc une relation entre ce plat réchauffé et le fait pour moi d’être le premier à inaugurer la liste des diarrhéiques de ce voyage ? Qui sait ?

On se retrouve ensuite chez Idi, au Maquis des amis, autour d’un verre. La lune et son halo lumineux ont la couleur du sable de Niamey. Quelques cirrus filiformes flottent dans le ciel.

lundi 3 décembre

L’événement de cette journée sera inconstestablement l’arrivée d’Oumarou, président de Niger-Breizh, en terre natale. Nous projetons donc de lui réserver un accueil présidentiel ; son avion atterrira en début de soirée.

Pour l’instant, nous poursuivons notre découverte de Niamey. Le quartier du Plateau semble toujours aussi animé, avec des ambulants sautant sur le touriste en lui proposant des affaires mirobolantes à des prix défiant toute concurrence... Nous croisons une nouvelle fois ce mendiant aveugle accompagné de ses trois fils dont l’un est unijambiste. Tout en donnant l’aumône, on ne peut s’empêcher de se demander si le tableau n’aurait pas été exagéré à dessein...

Les tas d’ordures visibles presque dans chaque quartier semblent témoigner d’une quasi absence de voirie municipale ; de nombreuses chèvres y glanent leur nourriture.

À Yantala, nous allons préparer la salade de fruits présidentielle. Marie a fait seule les courses comme d’habitude, histoire d’obtenir les meilleurs prix au marché, ce qui ne serait sans doute pas le cas si elle était accompagnée d’un ou deux nassarou (blancs). Mohamed apporte le kilichi, viande de zébu sèchée coupée très finement, à la consistance de chips et marinée aux piments, et qui serait un des péchés mignons d’Oumarou.

Nous accompagnons Abdullaye à la recherche de boissons rafraîchissantes.

Une fois la préparation de la soirée bien avancée, plusieurs d’entre nous se retrouvent à trier un grand carton de médicaments apportés dans nos bagages et à les classer par catégories. En effet, beaucoup de nos hôtes et personnes rencontrées nous en font la demande, pour leurs familles ou pour eux-mêmes.

Beaucoup de monde autour de la table au moment du repas et c’est bientôt l’heure de rejoindre le comité d’accueil à l’aéroport. Nous nous entassons dans plusieurs véhicules. "Allons retrouver l’exportateur de Bretons !"

Le voilà ! Bonne arrivée ! Kana Lahiya Oumarou ? Lahiya lau. Moment de retrouvailles...

Retour à la casbah où les musiciens, chanteurs et chanteuses installent l’ambiance (en langue tasmasheq). Les discussions se portent rapidement sur les dernières nouvelles du groupe Cotonou et sur la suite du projet Niger-Breizh. Sentiment de cohésion, de volonté commune...

Sai Gobe ! À demain !

mardi 4 décembre

Nous nous entassons dans un taxi jaune pour nous rendre à la banque où Oumarou refait le "plein" pour la suite du voyage. Dans un télécentre, nous prenons des nouvelles du Bénin : ça traîne un peu au niveau des formalités de sortie des camions, à suivre...

Marté nous rejoint à Yantala, il évoque le contexte socio-économique de la région de Diffa. Puis viennent Abdullaye et Marie, amenant les provisions pour le repas. Au moment des "pluches", elle nous raconte sa vie d’exilée togolaise, adepte de l’église de Pentecôte. Soukey ajoute quelques informations sur les différentes ethnies rencontrées au Niger, sur la prédominance de la langue haoussa (ethnie majoritaire), etc.

En bref, soirée dense, nous sommes inondés d’informations mais satisfaits d’être si bien entourés.

mercredi 5 décembre

La matinée commence par une réunion (Fred, Jean-Yves, Claire et moi) d’une partie de la colonie de vacances. Oumarou reprend le groupe en main. Nous évoquons la vaisselle, le rangement, les rendez-vous divers à respecter... (si contre-ordre, mettre un message), l’utilisation du préservatif si besoin est, etc.

Nous retrouvons Éric et Michel chez Idi, pour une rencontre avec des Peuls-Wadabé réunis en association.

L’après-midi sera consacré à la découverte du marche de Katako, et quelle découverte ! Marté y est notre guide. Bien sûr tous les marchés de Niamey ont le pouvoir de nous émerveiller, mais celui-ci est impressionnant par la densité de l’activité qui y règne : un dédale d’échopes, d’amoncellement de matériaux de récupération (bois, métal, plastique, robinetterie, etc.), coexistant avec des stocks de sacs de grains. On y observe des artisans fondant de l’aluminium pour le mouler ensuite en divers récipients. Ces forgerons de tous âges semblent constituer un important corps de métier indispensable à l’économie nigérienne.

Au beau milieu de Katako, nous restons plantés devant l’étal d’un marabout exhibant caméléons, lézards, insectes, plumes, coquilles, poudres diverses, en bref tout ce qu’il faut pour confectionner le philtre magique qui vous convient ! Les véhicules et les piétons ont tout juste la place suffisante pour circuler entre les échopes, tout cela provoquant une poussière insidieuse que l’on inhale tant bien que mal.

En soirée, nos hôtes nigériens ont de nouveau lancé une salve d’invitations à dîner. Je me retrouve, ainsi que Claire, chez Marté, sa charmante femme Balki et leurs quatre enfants.

jeudi 6 décembre

La journée commence par la réunion quotidienne où Oumarou reprend les choses en main. Éric et moi décidons de faire un tour par le quartier du Château où nombre de vendeurs nous "sautent dessus", qui pour un collier, qui pour un bracelet ; il reste toujours difficile de s’en débarrasser...

Nous croisons Ataher dans une nouvelle voiture, ce gars semble avoir une grande facilité à se faire prêter des véhicules. En tant qu’ancien gradé de l’armée, il entretient de nombreuses relations...

Je l’accompagne jusqu’à l’aéroport. En chemin, nous embarquons un militaire auto-stoppeur. Nous ferons le tour des sociétés de transit où tout le monde semble se connaître. Ataher semble désireux de me montrer l’étendue de ses relations, sans doute dans l’éventualité où nous pourrions un jour avoir besoin de ses services.

Arrivée au quartier "Case-case" : une pelleteuse et un camion s’y trouvent afin de dégager un énorme tas d’ordures trônant depuis quatre mois au beau milieu des habitations. Celui-ci constitue un beau réservoir à microbes, surtout pour les enfants jouant aux alentours. Mohamed et Nolwenn se battent, au sein de l’association Tilalt Niger, pour tenter d’améliorer la situation sanitaire du bidonville.

Où va-t-on mettre le conteneur futur ? Les habitants de "Case-case" sont-ils prêts à faire 200 mètres de plus pour déposer leurs ordures ? Peut-être un petit jardin serait bienvenu à cet endroit. Faut-il un gardien pour le surveiller ? Autant de questions évoquées par les membres de l’association alors que l’employé municipal conduisant la pelleteuse attend son cadeau... Sur l’ancien emplacement, maintenant débarrassé, un conflit éclate entre les riverains ; certains semblent vouloir faire main basse sur l’espace afin d’y construire d’autres cases... Nous voici maintenant ave Mohamed et Jamy, son ami percussionniste, roulant jusqu’à l’école pour y chercher Lala. Un flot d’enfants en sortent (40 par classe au minimum, d’après Mohamed). Nous faisons ensuite un saut par le centre de formation musicale "Al Helhadji Taia" pour demander le tarif d’un enregistrement en studio pour un titre : quarante mille francs CFA (400 FF). Nous déciderons donc de nous cotiser afin de permettre à Abdullaye d’enregistrer sa chanson fétiche : "Dounia".

Ce soir au menu : riz au gras avec du chou. Très bon ! Merci Marie.

Au lit ! Je n’entends plus trop le muezzin grâce à l’effet magique des bouchons de cire dans les tuyaux auditifs.

vendredi 7 décembre

Les camions sont enfin partis de Cotonou, nous les attendons ici pour demain soir. La réunion du matin est un peu tendue, réminiscences du conflit déjà évoqué précédemment...

Nous partons faire des courses au petit marché, Claire, Oumarou, Fred et moi. Nous voulons trouver de quoi nous faire une salade de légumes. Oumarou nous avoue alors avoir des difficultés à négocier un bon prix. Lui, l’enfant du pays, semble là handicapé par la présence des nassarou, nababs en puissance. Claire s’est, quant à elle, acheté un "kit" de tresses que Mariama doit venir lui confectionner.

Sieste profonde dans la torpeur de l’après-midi, avec toujours en fond ces voix de muezzins plus présentes le vendredi. Oumarou et Michel évoquent leurs dificultés à télécharger des photos par l’intermédiaire du centre culturel.

Menu du soir ; igname-poulet : miam-miam ! suivi d’une petite bière chez Idi, au "Maquis des amis".

samedi 8 décembre

Nous retournons au petit marché pour les courses. Aussitôt, un jeune garçon nous "colle" jusqu’à ce qu’il aboutisse à devenir notre "porteur de sacs". À la suite de quoi il nous montre une paire de chaussures sur un étal ; on lui donne donc de quoi les acheter. Certains produits sont vraiment chers : l’huile moteur, le café, une glacière...

En soirée, nous irons à la rencontre de l’équipe Cotonou qui va enfin nous rejoindre avec les camions.

L’attente se fait près d’un barrage de police en bordure de route, à une trentaine de kilomètres de Niamey. Le paysage de brousse est marqué par la désertification, ce qui oblige l’habitant à aller de plus en plus loin à la recherche de bois pour la cuisine ou pour la fonderie artisanale.

Nous nous asseyons autour d’un feu sous la nuit étoilée, en scrutant chaque véhicule qui ralentit au barrage de police. Nous allons poireauter ainsi quatre heures avant l’arrivée des camions.

Ca y est ! Les voilà enfin... Après les retrouvailles, nous regagnons la villa où nous attend un plat à base d’igname préparé par Marie.

Les camions ont été laissés sur le parking des douanes jusqu’au lendemain. Nous écoutons les nouveaux arrivants nous conter leurs aventures béninoises à la veillée.

dimanche 9 décembre

Lever à sept heures. Il nous faut passer chez Guarba avant de récupérer les camions au poste de douane. Les formalités sont très longues. Mohamed et Nolwenn nous rejoignent. Les permis et cartes grises nous sont enfin rendus. Nous filons jusqu’à l’endroit où nous devrions laisser les camions mais il s’avère impossible de les rentrer dans la cour de l’Agence nigérienne de presse (ANP). Il est donc décidé de les garer devant notre maison de Yantala et c’est bientôt l’heure du déchargement des premiers cartons destinés à l’association Tilalt-Niger.

Une équipe de Touaregs se joint à nous pour ce faire, et tous se retrouvent rapidement couverts de poussière ; c’est Niamey...

C’est la bonne heure pour aller s’en jeter un petit chez Idi. Celui-ci se montre désireux de nous mettre en contact avec tel ou tel fonctionnaire ou connaissance ; très "public-relation", cet Idi.

À noter un autre clash au sein de notre duo électrique au moment du repas, suivi d’une réconciliation en soirée... Stop. Demain nous allons enfin émigrer vers l’Est !

lundi 10 décembre

Cinq heures du mat’ : branle-bas de combat ! Installation de huit membres du groupe au sommet du camion à demi-débâché, les matelas servant de sièges. Les cinq autres membres se partagent les deux cabines. Arimy, Guirguidi et Haladou sont les locaux de l’étape.

Salut Niamey, à bientôt ! Le paysage est d’autant plus sympa vu d’en haut. Direction Dosso sur un goudron bien défoncé. Les chauffeurs doivent faire preuve d’adresse pour éviter les nids de poules ; il est possible de prendre la piste parallèle au goudron de temps en temps.

Nous traversons de nombreux villages et, à chaque fois, grand bonjour aux nassarou, sourires et signes de la main. Les huttes aux toits de chaume cohabitent avec de petites maisons d’argile (banko). On voit de nombreux enclos aux murs constitués de fanes et de bois, des greniers à céréales sur pilotis. Le sol est un mélange de latérite rouge et de sable parsemé d’épineux, d’acacias et parfois de baobabs. De nombreuses termitières jalonnent le paysage. Ca et là, des vaches à bosse (zébus ?) et de nombreux cabris circulent en quasi liberté.

Bien rangés en bordure de route, des écoliers entonnent un chant à notre passage ; ceux-ci attendaient la venue du nouveau sous-préfet nous dira Guirguidi. Dommage... Quelques femmes pilent le mil en rythme.

Les oasis rencontrées nous montrent une verdure tranchant avec le reste du paysage. On y aperçoit quelques bananiers et un peu de canne à sucre.

Après Dosso, nous allons faire étape à Tahoua pour y manger sûrement un petit plat traditionnel... Eh bien, non : steack frites pour tous à l’auberge du coin ! Aussitôt que nous sommes attablés, des vendeurs de bijoux nous assaillent afin de nous fourguer leur camelote ; jolie camelote au demeurant : croix tamasheq, pendentifs, bagues, chapelets d’agates...

Nous reprenons notre parcours durant la nuit. Il faut toujours être vigilant afin d’éviter les animaux en travers de la route et les nids de poules. Le klaxon reste un élément aussi important que les freins sur les routes d’Afrique. La fatigue nous accable, la fraîcheur tombe surtout pour ceux du poulailler, perchés tout en haut du camion débâché.

Nous voici enfin à Maradi, escale prévue par nos guides. Après un bon couscous, nous nous installons pour la nuit, certains au sommet du camion et les autres sous les tentes. Deux heures du mat ! Le mufti hurle dans son haut-parleur, puis idem à quatre heures ! Un long prêche dans lequel on peut reconnaître les mots : Banque mondiale, Koweit, Irak. Il semble, renseignements pris, que de nombreux Nigérians sont réfugiés à Maradi (la frontière est proche). Ceux-ci seraient assez enclins à l’islamisme radical. Et hop ! la cerise sur le gâteau sera un joueur de kalangou (tambour) annonçant le réveil pour la collation qui précédera le jeûne de la journée : quel réveil en fanfare !

mardi 11 décembre

Cinq heures du matin ! Tout le monde sur le pont !

Encore sept cents kilomètres...

Il fait carrément froid au sommet du camion, l’harmattan souffle et s’ajoute au vent créé par la vitesse. Nous sortons les duvets et nous recroquevillons les uns contre les autres. Il faudra attendre le lever du soleil pour pouvoir nous réchauffer.

Première pause à Tessaoua, chez Ousmane (un frère d’Oumarou, proviseur de lycée). Excellent accueil, comme d’habitude, café réparateur et nous repartons ragaillardis.

Le paysage se modifie peu à peu. Le pays semble encore plus sec, les arbres plus chétifs, la terre sableuse tourne à l’ocre-orange. L’espace entre les villages s’élargit. Toujours des chèvres, des chameaux en liberté, une race de moutons, noirs sur la moitié avant du corps et blancs derrière... Le goudron se dégrade à partir de Gouré avec des portions sableuses et des trous, des trous... Olivier les évite avec maîtrise. Apparition de chevaux, de cavaliers solitaires. Les véhicules croisés sont très rares et les villages se raréfient.

Le paysage arbustif se rabougrit encore (sortes de tamaris), les dunes de sable grossissent, immensité désertique ! Nous sommes de plus en plus silencieux, comme si le paysage imposait le silence de l’esprit. Le département, habité par les Béri-béris, compte environ deux cent mille âmes pour une surface très importante. Quelques palmeraies au bord de plans d’eau asséchés !

Nous allons arriver enfin à Maïné-Soroa une heure après le coucher du soleil. Le groupe est accueilli chez un ex-ministre de l’Intérieur. Surprenante télévision trônant au milieu du tapis ! Après la brousse désertique, il est plutôt étonnant de mater un Fantomas sous-titré en arabe.

Un petit en-cas fait du bien à tous, spécialement à Arimy, Kader et Aladou qui se sont tapé la route en jeûnant du lever au coucher du soleil, ramadan oblige. Nous avons au moins tous gaffé une fois en leur proposant à boire pendant la journée.

Il nous reste encore trois quarts d’heure de route de nuit. Des nuées de criquets nous survolent à la lumière des lampes.

C’est enfin l’arrivée à Diffa où nous nous installons dans un hôtel réservé par la préfecture. Le Kanadi Hôtel nous offrira un confort et une propreté relatifs. mercredi 12 décembre

Long petit déj’ à l’air libre dans la cour de l’hôtel. Les personnalités et les curieux se succèdent rapidement sur la place où sont garés les camions. Au programme le déchargement de ceux-ci. Toute l’équipe s’y met, secondée par une bonne équipe locale.

Les chineurs, gamins et adultes, sont nombreux à nous solliciter sur la place. Petit à petit, les lits, fauteuils, matelas, meubles, vêtements, fauteuils roulants, livres sont déchargés et rangés par catégories.

Éric et moi organisons une distribution de bonbons tournant légèrement à la pagaille ! Les ados essaient de chiner des clopes, des briquets ou de se faire offrir un verre... Les nassarous sont une aubaine !

Nous nous restaurons alors au Kanadi autour d’un repas de qualité moyenne mais réparateur. L’après-midi, la cargaison est séparée en deux parties : un côté Diffa, un côté Maïné-Soroa, puis rechargement de nouveau : que de manutentions effectuées dans ce voyage ! Et toujours cette poussière que l’on respire et qui se dépose sur les vêtements et la peau.

Claire me présente Safia, la serveuse du Kanadi Hôtel. Nous lui rendons visite alors qu’elle se fait tresser les cheveux par un groupe de femmes. Safia me fait comprendre qu’en tant que garçon assistant à la coiffure d’une femme, je dois lui faire un cadeau. Je lui offre donc des boucles d’oreilles touarègues achetées à Niamey. Elle les accepte en silence, je me sens impressionné.

En fin d’après-midi, nous visitons l’hôpital de Diffa : peu de moyens, peu de personnel (un chirurgien, un dentiste, un gynécologue), des locaux très vétustes et donc peu d’hygiène. Une "tranche" de l’établissement doit être bientôt reconstruite.

Discussion autour de la table avec quelques bières après un repas plutôt moyen.

jeudi 13 décembre

Petit déjeuner reconstituant : café, thé, pain brioché, confiture... Au programme de la matinée : visite des écoles. Nous partons avec le pick-up du conseiller d’éducation du lycée pour la visite de celui-ci. Les locaux sont vétustes et attaqués par les termites menaçant fortement la solidité des plafonds. Il y a très peu de mobilier ; le secrétaire du lycée nous dit avoir emprunté sa chaise à la Poste ! Nous rencontrons les élèves de première et de terminale et évoquons la possibilité de correspondance avec des classes finistériennes. Nous poursuivons par la visite du C.E.G. puis de l’école primaire : quatre élèves par casier pour une classe de quatre-vingts ! Cette classe fonctionne par demi-journées ; le matin pour le groupe A et l’après-midi pour le groupe B. La directrice est une femme très tonique et pleine d’humour. Nous saluons beaucoup de profs et d’administratifs. L’après-midi, nous rechargeons des cartons à l’intérieur du camion bâché et nous quittons Diffa, direction Maïné-Soroa.

Au bout du trajet, une réception sans pareille nous attendra de la part de tout le village. Nous sommes perchés en haut du camion et suivons deux voitures dans une desquelles se trouve Haladou et sa caméra.

À l’entrée du village, des groupes de gamins excités nous saluent et nous gratifient de larges sourires ; ils courent à la suite des camions jusqu’à la place centrale où une foule compacte nous attend. Des musiciens jouant du kalangou et de l’algeita (sorte de bombarde locale), des cavaliers portant l’épée et montant de beaux pur-sang arabes, des griots frottant des billets sur le front des invités de marque : nous sommes médusés !

Nous serrons des centaines de mains, "Oussé, oussé !" (bonjour), puis Oumarou prononce un petit discours à la tribune ; il y a beaucoup d’émotion dans l’air.

Nous sommes logés dans la villa d’un ex-coopérant où l’on nous apportera des mets délicieux ! Laurent a de la fièvre, le médecin passe et lui prescrit un traitement anti-paludisme par précaution.

Chez le voisin, nous nous retrouvons devant un poste de télévision où nous regardons un petit reportage de TV-Niger présentant notre expédition.

vendredi 14 décembre

Laurent va mieux mais Claire se plaint du ventre... Départ pour Diffa ! Le déchargement du camion se fait à l’hôpital de Diffa, avec l’aide d’une bonne équipe de locaux. Puis suit la réunion avec les chefs coutumiers, les allocutions (dont une de notre président) vont bon train, mais les traducteurs font défaut...

La visite incontournable de l’hôpital traîne un peu en longueur sous le cagnard.

Après le repas de midi, nous répartissons les bouquins et fournitures destinés aux différents établissements scolaires. Nous visitons l’école primaire où nous constatons une fois de plus le manque de tout ! Le classement et la répartition des vêtements, qui seront distribués au niveau des écoles, nous donnent l’occasion de nous interroger sur l’équité du partage des dons au sein de la communauté. Beaucoup de gamins et quelques adultes essaient de nous chiner quelques fringues. On nous dit qu’ici un pantalon et une chemise correspondent à un mois de salaire. Il n’y a qu’à observer l’état des vêtements qu’ils portent au quotidien... Nous reprenons la route de Maïné.

En soirée, après le dîner, je serai comblé de cadeaux pour mon anniversaire : un chapeau, un beau tissu rouge, une lampe à huile à la béninoise, bricolée dans deux boîtes de sardines ; merci à tous ! Pendant que certains jouent à la belote, les autres se retrouvent sous le patio d’entrée à chanter et danser avec les fillettes des gardiens de la villa. Les enfants dégagent une énergie et une joie de vivre communicatives. Quel bonheur !

C’est demain la fin du carême car la lune nouvelle a été aperçue dans un quelconque village du pays ; l’info s’est vite répandue...

samedi 15 décembre

Au petit déjeuner, nous faisons le désormais traditionnel bilan des gasto-entérites : Corentin, Paulette et Jean-Yves. Claire, quant à elle, va mieux.

Nous partons ensuite pour la "Grande Prière" réunisssant toute la population à l’occasion de la fin du ramadan et cela sur une dune parsemée d’acacias. Bientôt, un millier de personnes s’y retrouvent, tous se sont mis sur leur 31 ; couleurs et ferveur...

Les tapis de prière sont étalés à même le sol. Tout autour, des gamins se poursuivent et se chamaillent. À un moment, ils s’en prennent à un homme sans défense paraissant être considéré comme l’idiot du village ; ils lui jettent des pierres, celui-ci se met alors à crier jusqu’à ce qu’un ancien le protège et le raccompagne chez lui.

Nous attendons l’imam, mais viendra-t-il vraiment ? En effet, toute une polémique s’est créée sur le calcul de moment exact marquant la fin du jeûne (mois lunaire = 29 jours). Certains prétendent qu’il s’agit du samedi, d’autres optent pour le dimanche. Ce calcul se base sur la date du début du ramadan, date sur laquelle tout le monde ne semble pas non plus d’accord...

L’imam affirme que la fin du jeûne doit se dérouler demain, mais l’État laïc nigérien la proclame aujourd’hui. L’imam a donc désigné un suppléant pour présider à la grande prière. D’un certain point de vue, ces tergiversations ne semblent pas faire la preuve de l’intégrisme dans le pays.

Repas, sieste, ménage. Aminata, du comité de femmes, vient ensuite nous rendre visite.

En fin d’après-midi, nous allons jusqu’à la place de village pour assister à des danses traditionnelles. Les costumes sont formidables, les femmes sont très belles, les enfants radieux. Je n’ai jamais autant serré de mains en si peu de temps, surtout des mains enfantines : "Ca va ? ça va ? ina lahiya ?"

La danse se fait au rythme des tambours : ganga et kalangou, ainsi qu’à l’algeita. Ces tambours sont portés à l’aide d’une sangle et martelés avec une espèce de mailloche de bois. Le joueur d’algeita semble avoir un sacré coffre et maîtriser la respiration continue.

Le cadi est là. Sur un tapis, accompagné des sages, il observe les danseurs évoluant en deux cercles, celui des hommes et celui des femmes, séparés d’un mètre environ. Des griots apostrophent les danseurs et vantent les mérites des anciens. Certains frottent des billets de banque sur le front d’un tel ou d’un autre en signe de chance. L’argent est souvent récupéré pour être partagé entre le flûtiste et le griot. Nous nous joignons aux danseurs en essayant, tant bien que mal, de suivre les pas.

Entre temps, Paulette et Claire ont rencontré le comité des femmes ; elles vont se revoir demain.

Après le repas, les filles des gardiens de la villa nous initient au jeu de dominos sur la terrasse. D’autres préfèrent une partie de belote à l’intérieur.

Saî bari ("à demain" en kanouri).

dimanche 16 décembre

Aujourd’hui, dans la série la gastro-entérite contre-attaque, je décide de me faire porter pâle. Il faut dire que j’en ai un peu ras la casquette du rythme de ces derniers jours...

L’équipe va s’occuper du montage des lits à l’hôpital, de la distribution des bouquins dans les écoles, de rencontrer à nouveau les associations de femmes.

L’après-midi, certains vont à Tam, belle oasis au bord du fleuve. Olivier y montera un de ces beaux chevaux arabes.

En début de soirée : fête, danses et remise de cadeaux. Plus tard, il y aura encore des danses et des sketches à la Maison des jeunes locale.

lundi 17 décembre

Nous repartons vers Diffa avec le camion que nous ramènerons mercredi à Maïné. Arrivés à l’hôpital, nous déchargeons les lits. Nous en monterons deux à titre d’exemple. Puis nous répartissons les vêtement en trois parties ; une pour le service social, une autre pour l’association de femmes, et une dernière pour l’école maternelle.

Nous voici de retour au Kanadi Hôtel. Toujours cette agréable odeur montant du fond du lavabo, ce qui fait le charme de ma chambre...

Nous rencontrons le dentiste, c’est assez édifiant : un fauteuil datant de quelque vingt années et ne fonctionnant pas, des tubulures ne débouchant sur aucun appareil. De plus, il nous dit ne disposer d’absolument aucun produit, sinon un fond de xylocaïne, pas de plombage non plus, il est juste possible d’arracher...

Retour au Kanadi, Safia se tient toujours là. En maîtresse femme, elle semble diriger "ses hommes", les clients comme le cuisinier, sauf peut-être son patron.

Des représentants de l’association ADRAD (association de développement des régions arides et désertiques) viennent nous rencontrer en soirée, ils sont intéressés par notre projet. Nos invités évoquent les troubles de la rébellion des Toubous (peuple nomade de part et d’autre de la frontière avec le Tchad). Ils nous disent vouloir également promouvoir l’alphabétisation en français pour les adultes dans les campagnes. La survenue d’élections prochaines au niveau local, au Niger, est une occasion d’échanger sur les habitudes démocratiques de nos sociétés respectives.

mardi 18 décembre

Aujourd’hui, nous partons pour N’Guimi, nom à consonnance mystérieuse, non loin d’un certain lac Tchad.

Nous nous entassons tous dans le camion débâché, au trois quarts vide, et nous en allons pour un trajet de 130 km. Il faudra trois heures et demie de route ensablée et de nids de poule pour couvrir cette distance.

Dans la bétaillère, à l’arrière, certains sont assis sur des fauteuils d’hôpital, certains à même le plateau. Les décollages et bonds divers sont nombreux. Mal au cul, mal au dos, soif, merci... au tour operator.

Nous croisons nombre de chameaux. Les euphorbes (plante voisine de l’hévéa) constituent l’unique végétation à certains endroits. Nous nous rapprochons des grands déserts du nord (Aïr, Ténéré) pour arriver jusqu’à N’Guimi, ville nomade. Sa population est constituée d’un mélange de Toubous et d’Arabes. Les maisons d’argile blanches demeurent d’une fraîcheur agréable à l’intérieur, comme celle de la famille d’Arimy. Ici la natte couvrant tout le sol semble constituer le seul mobilier. Nous rencontrons un des frères d’Arimy, ancien mécanicien ayant eu la polio. Dans la conversation, nous évoquons la pratique, somme toute récente, de la vaccination au Niger.

La maman d’Arimy fait une apparition rapide et nous lance à la cantonnade un grand : "Sannudazoua !" (bonne arrivée)

Selon nos hôtes, N’Guimi aurait autant de relations avec le Tchad à l’est, le Nigeria au sud et avec Bilma au nord, par l’intermédiaire du trafic caravanier, qu’avec Niamey ou le reste du Niger. Trois ou quatre monnaies différentes y circulent d’ailleurs ainsi qu’à Maïné-Soroa.

Nous ne restons que quelques heures, visitons un village d’artisans situé anciennement au bord du lac Tchad qui, quant à lui, aurait reculé de 80 km en une trentaine d’années !

C’est bientôt le moment de repartir en direction de Maïné-Soroa. Même cause, même punition : nous ferons le voyage du retour dans une sorte d’hébétude blasée face aux conditions de route...

Corentin ne se sent pas bien. Le médecin passera en soirée sans pouvoir s’avancer sur un diagnostic précis ; affaire à suivre...

mercredi 19 décembre

De nombreux visiteurs se succèdent à la villa durant toute la journée. Nous nous rendons par ailleurs au collège d’enseignement général puis au marché, cosmopolite à souhait, où nous croisons des Peuls bororos installés dans la région.

Il y a aussi cette inauguration officielle d’un hangar de lecture au lycée, il est baptisé "Niger-Breizh". Cela ne manque pas de nous faire honneur et nous encourage d’autant plus à poursuivre nos efforts en matière d’aide pédagogique.

Visite d’adieu aux parents d’Oumarou qui peuvent bien se déclarer fiers de leur fiston, comme cette lueur dans le regard de madame Kollo...

Le soir, à la villa, se succèdent encore de nombreux visiteurs venant jusque très tard nous faire leurs adieux et nous souhaiter bon retour.

jeudi 20 décembre

Cinq heures du mat’ : rebelote !

Nous voilà donc ensuqués, au réveil, devant un véhicule. Euh ?... ouais ! c’est bien un véhicule, ce minibus Toyota, dans lequel nous allons nous entasser à seize au milieu de tous les bagages et des nombreuses roues de secours, d’une utilité non négligeable.

À peine décollé, le bus va s’ensabler dans une rue de Maïné, histoire de bien donner le ton du voyage. Crevaison, achat de pneu, re-crevaison aussitôt après. Nos taximen nous font alors une réparation qui ne traîne pas ; OK, ça roule !

Seize sardines dans une boîte en ferraille, ça marine dur, surtout aux heures chaudes...

Impossible de bouger, coincés, les genoux bloqués en position haute contre le siège d’en face, et même pas une seule hôtesse pour nous servir un rafraîchissement !

Nous entrons dans la ville de Maradi aux alentours de vingt-deux heures. Les tentes sont vite montées au même endroit qu’à l’étape aller, c’est-à-dire sur un sol bien dur. Nous lorgnons avec méfiance en direction du haut-parleur de la mosquée, situé juste au-dessus des tentes ; nous en apercevons deux autres un peu plus loin.

Allez ! au dodo, enfin...

vendredi 21 décembre

Quatre heures du mat’ : "Allahaaah Salaat !" et, aussitôt après, les deux autres muezzins du coin de renchérir en choeur. Bien, levons-nous donc dans la joie et la bonne humeur.

Après avoir réintégré faiblement le doux confort de notre minibus, nous entamons aussitôt notre dernière étape en direction de Niamey.

Ca roule plutôt pas trop mal jusqu’à Zinder. Nous nous octroyons alors une pause déjeuner. Le cuisinier du restaurant arbore fièrement sa toque de maître-coq. Il nous présente à l’african style les divers mets proposés. Après enquête, le boeuf strogonov choisi par la plupart d’entre nous n’a pas semblé faire l’unanimité des gourmets.

Sur le goudron, hors du goudron, villages croisés, animaux domestiques, véhicules surchargés... et nous voici à Koni où nous faisons halte au relais des routiers.

Il va maintenant falloir attaquer le fameux tronçon Dosso-Niamey, à la réputation comparable à l’Enfer du Nord des pavés de Paris-Roubaix. Cent vingt kilomètre en quatre heures et, finalement, récompense pour les braves, l’arrivée à Niamey où les participants pourront enfin s’occuper de leurs courbatures.

Nous aurons une surprise en arrivant à la villa du quartier Yantala. Celle-ci est occupée par des ressortissants de l’Émirat de Dubaï ; ce sont des chasseurs. Vingt-cinq faucons avec oeillères sont perchés dans la cour et cinq véhicules 4X4 flambant neufs, ainsi qu’un gros camion, sont garés à proximité. Apparemment, de tels safaris-chasse seraient monnaie courante au Niger et feraient des ravages dans la faune du pays, déjà bien affaiblie par les sècheresses.

Nous parlementons avec les Arabes, ceux-ci auraient dû quitter les lieux le matin même mais ne semblent toujours pas prêts à le faire. Il s’avère impossible de négocier avec des gens aussi condescendants, c’est pourquoi le gardien nous installe près d’un petit pavillon à l’arrière où nous plantons les tentes.

Nous irons nous restaurer et boire une bière chez Idi et Oumou, au Maquis des Amis, et puis "au lit !"

samedi 22 décembre

Les chasseurs arabes ayant levé le camp, le groupe se réinstalle donc dans la villa. Nous revoyons petit à petit, au cours de la journée, tous les amis du comité de Diffa ainsi que les amis touaregs. De thé en thé, nous narrons nos aventures kanouriennes ; apparemment les petits Bretons font sensation à Niamey.

Ce soir, c’est la fête Niger-Breizh à la villa. Chacun y va de son discours, tout le monde semble se réjouir de l’entreprise.

Il faut tout de même noter que nous avons été, tout au long de cette mission, un peu gavés de discours et de déclarations officielles ; "Quand est-ce qu’on le mange le couscous préparé par Idi ?

dimanche 23 décembre

Nous accompagnons Claire jusque chez Fifi où elle se fera tresser les cheveux. Le reste du groupe se rend au marché artisanal officiel de Niamey. Nous y verrons de jolies choses en exposition, mais ici les prix sont peut-être un peu plus chers qu’ailleurs, même après négociation. Pour ma part, je fais l’acquisition d’une chemise bleu-vert flashante et d’un petit masque peul.

De retour à la villa, nous recevons de nombreuses visites au cours de l’après-midi, on commence à s’y habituer. La jolie Leïla viendra me faire un petit coucou (soupir...). Beaucoup de Nigériens rêvent d’obtenir un visa pour la France, il nous faut rester honnêtes sur la difficulté de l’opération.

Nous faisons honneur aux pâtes en sauce de Marie. Ce soir, l’équipe semble plutôt éteinte, la fatigue accumulée se fait sentir. Et, pour couronner le tout, Olivier a 39° de température !

lundi 24 décembre

Olivier ne va pas mieux, 39° persistants, un médecin doit passer.

Koudede (Abdulaye) et moi, nous nous rendons jusqu’au quartier des cases en passant par un magasin de musique. Il en profite pour y faire jouer son morceau enregistré au CFAM pour la ixième fois... Il en est décidément très fier !

Arrivé à Case-case, je rencontre madame Wartaï et ses filles Xeinabu, Mariama et Sorada. Cette réfugiée touareg évoque son passé marchand ; actuellement elle ne dispose malheureusement d’aucun stock (tabac, allumettes, savon, etc.). Elle voudrait bien que sa fille Sorada puisse se lancer comme couturière, mais il faudrait tout d’abord se procurer la machine à coudre... Attendri, je lui file mes derniers francs CFA et quelques médicaments utiles à son usage.

Leïla est absente de chez elle mais je laisse à sa fille un petit cadeau parfumé à son intention.

Mohamed, Abdallah, Koudeye et moi-même allons jusque chez Idi et Oumou pour nous y faire un repas léger.

À la villa, nous prenons des nouvelles d’Olivier, la suspicion d’une crise de paludisme semble se confirmer. Le pauvre aura bien besoin d’un coup de main pour faire sa valise ! Après le dernier riz en sauce préparé par Marie, nous nous entassons avec nos bagages dans plusieurs voitures qui prennent la direction de l’aéroport : le comité Diffa assure toujours la logistique !

Dans les toilettes de l’aérogare, nous avons droit à un épisode tragi-comique : Olivier a perdu son pantalon quelque part aux toilettes, le pauvre est tellement shooté par la fièvre qu’il ne se souvient de rien !

C’est l’heure des adieux : Bye-bye le comité ! Bye bye l’Afrique ! À bientôt, nous l’espérons !

Le départ de l’avion se fera avec une heure de retard, comme à l’aller, sur "Air Couscous".

Ca y est, nous décollons ! Quelle aventure ça a été tout de même...

mardi 25 décembre

Huit heures dix, nous atterrissons à Alger.

Olivier est en nage, les yeux vitreux, il semble être déconnecté jusqu’au point où il faut lui mettre le goulot dans la bouche pour qu’il accepte enfin de boire un peu d’eau.

Ca traîne plutôt au moment du contrôle des passeports. La mise en scène s’explique par la soi-disant chasse aux faux papiers. Nous ratons donc l’avion de huit heures trente...

Les bagages sont récupérés tardivement avec les commentaires d’un agent de l’aéroport : "Oui, vous comprenez, votre retard, c’est de la faute des Africains !" (sous-entendu, les blacks).

Treize heures : neuf personnes de notre groupe récupèrent enfin leur passeport mais Claire et Oumarou restent quant à eux coincés en dehors de la zone d’embarquement !

Nous décidons de partir quand même. Apparemment, plusieurs personnes ayant acheté des billets au dernier moment ont d’ailleurs pris ce vol...

Quinze heures : Roissy-Charles-de-Gaulle. Nous y voici enfin !

Il nous faudra poireauter un bon bout de temps avant qu’Oumarou et Claire ne puissent nous rejoindre. Occupons-nous donc au plus vite de la santé d’Olivier : direction médecine d’urgence de l’aéroport. Il faut l’hospitaliser, il part en SAMU à Aulnay-sous-Bois.

Michel a hâte de revoir sa femme ; il décide donc de prendre le chemin du retour en compagnie de Jean-Yves et de Fred. Ils prendront le train.

Vingt-deux heures quarante : presque huit heures d’attente et voici les retardataires, Oumarou et Claire, enfin parmi nous. Le président décide que nous irons jusqu’à Montparnasse en taxi, s’il vous plaît !

mercredi 26 décembre

Gare Montparnasse, au petit matin. Nous somnolons dans la salle d’attente. Claire, toujours pétillante, se branche un jeune zonard qu’elle trouve mignon... Celui-ci a décidé de la coller. Quelques-uns (Corentin) essaient d’installer une tente igloo pour la sieste, "Pas question !" rétorque le vigile.

Sept heures du matin : départ du train, direction la Bretagne. Le petit jeune et Claire batifolent dans d’autres wagons.

Onze heures : arrivée à Montroulez. Un léger décalage nous envahit... Le reste du groupe se sépare. Aurions-nous rêvé ?



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